// bosse.
Archives pour mai, 2011
Dis papa, ça veut dire quoi pirater ?
30/05/11
Telle est la question que mon petit cousin de 7 ans a posé à son père, en voiture, hier. Parce que, à force de regarder des DVD et de se payer les clips d’avertissement au début, ça devait arriver. Les enfants sont curieux. Et j’étais aussi curieux de la réponse qui allait y être apportée.
C’est quand tu télécharges un film.
Oui, les enfants de 7 ans savent ce que c’est, télécharger, de nos jours. Et les grands frères de 10 ans le font déjà régulièrement.
La réponse était fausse puisqu’elle oubliait de prendre en compte le téléchargement légal. Mais elle résumait assez bien l’idée pour qu’un enfant puisse comprendre. Par ironie, j’ai tout de même précisé que ce terme était historiquement plutôt réservé aux types qui attaquaient les navires des autres pour les piller, et que l’industrie de la « culture » avait fait un étrange parallèle entre cela et le fait de télécharger des films.
Cette même industrie a fait les fameux spots anti-piratage qui ont interpellé mon cousin. Ces spots sont pitoyables mais impossibles à zapper. Comme ils m’ont passablement ennuyés, je tiens à les démonter :
Idée véhiculée N°1 : L’offre légale est mieux que l’offre illégale
Avec la fameuse vidéo présentant le téléchargeur comme un abruti n’ayant rien compris à la vie :
- Get a real dvd
- VS Get a file (ça c’est fait maison)
Et une image récapitulative
Qu’on arrête donc de nous faire croire qu’un DVD c’est « mieux » qu’un fichier sur son ordinateur, qu’on peut de toute façon graver si on le souhaite. En plus, là où le DVD va inmanquablement finir par s’user, le fichier, lui, non, et restera éternel pour peu qu’on le copie. Et puis des films, moi j’en loge 7 sur un DVD, nah.
Idée véhiculée N°2 : Le piratage, c’est du vol
- Le piratage c’est du vol, le super spot…
- VS copier n’est pas voler
Eh non, copier et voler ça n’est pas pareil, c’est fondamentalement différent. J’ai vu quelqu’un l’expliquer récemment, par l’absurde : voler, par définition, c’est soustraire, et copier, toujours par définition, c’est multiplier. Or, soustraire, ça n’est pas multiplier. Maintenant, si télécharger illégalement n’est pas un vol, qu’est-ce que c’est ? De la contrefaçon ? Même pas, car il s’agit bien du produit original, pas une mauvaise imitation.
Derrière cette question étrange, il y a un véritable problème : comment rémunérer les créateurs de culture, à l’heure d’Internet ? Si on ne sort pas de la vision traditionnelle de la chose, il faudrait interdire Internet, car la possibilité qu’il offre est inévitable. Les solutions alternatives sont à l’état de recherche (si ça vous intéresse, regardez ici ou là).
Le droit d’auteur
Un petit rappel sur le droit d’auteur, même si j’y reviendrai sûrement une prochaine fois : historiquement, il protégeait les artistes contre les gens qui faisaient commerce de leur oeuvre. Par exemple, il protégeait les écrivains contre les imprimeurs et les libraires, et il protégeait les dramaturges contre les comédiens. Ainsi, les auteurs d’oeuvres devaient être rémunérés quand des gens se faisaient du blé en utilisant leur travail. Logique.
Eh bien ceci n’a rien a voir avec la situation actuelle. Là, on assiste à une espèce de protection des artistes contre leur propre public… Et qui a lancé cette idée ? Ceux qui faisaient commerce de leurs oeuvres et qui voyaient leurs recettes diminuer : les maisons de disques et autres lobbys commerciaux.
Quand vous achetez un CD de musique 12 euros, quelle part revient à l’auteur de l’oeuvre ? 70 centimes. Quand on sait ça, on a un peu l’impression de se faire rouler…
Internet, la plus grande nation du monde ?
26/05/11
La Chine compte près de 1,5 milliards d’habitants. Chapeau. En effet, il y a 30 ans, ils n’étaient qu’un milliard là bas. Oui, seulement 1’000’000’000. Mais la population chinoise s’est faite devancer par les internautes, qui ont dépassé les 2 milliards en 2010. Or, il y a 30 ans, eux, ils étaient moins de 1000.
Les Internautes forment une nation, dans sa définition la plus proche du mot « peuple ». Une nation qui évolue dans le même espace, le même pays : Internet, et dont la seule condition d’appartenance n’est finalement que l’accès à Internet.
Enfin, pour être précis, il faudrait faire une sorte de déclaration universelle des droits de l’internaute. Parce que si on vous empêche certain de ces droits, on peut considérer que vous êtes un sous-internaute, un internaute diminué, une race inférieure d’internaute.
Quels seraient ces droits ? En voici une idée. L’idée de base est que si vous n’avez accès qu’à certains articles de Wikipédia, si certains blogs vous sont inaccessibles, si des sites d’information et de partage de culture et de connaissance sont bloqués, si, comme c’est le cas en Chine, Facebook et Youtube sont bloqués et Google est filtré, alors, on peut dire que vous n’avez clairement pas accès au même Internet que les autres. Vous n’êtes pas du même monde. Votre monde à vous est faux et étriqué.
Clairement, nous sommes donc beaucoup moins de 2 milliards d’internautes dans le monde, car de très nombreux États interdisent l’accès à Internet, le vrai Internet, à leurs citoyens.
Oh, mais après tout, ce n’est qu’Internet, pas vrai ?
Mais oui, mon brave. Mais si on y réfléchit, le monde Internet et sa population, les internautes, sont ce qui ressemble de plus près au monde réel et à sa population.
Extrait wikipédia de l’article « Citoyenneté Mondiale » :
Se nomment citoyens du monde certaines personnes estimant que les habitants de la Terre forment un peuple commun avec des droits et devoirs communs, en dehors des clivages nationaux, et placent l’intérêt de cet ensemble humain au-dessus des intérêts nationaux.
J’adore ce concept. Bref, le lien avec le sujet ? C’est que les internautes forment un peuple commun avec des droits et devoirs communs (ceux de l’article de Korben par exemple), en dehors des clivages nationaux, et… certains d’entre eux placent l’intérêt des internautes assez haut tandis que certains n’en ont rien à foutre, à commencer par les chefs d’États soucieux de maintenir leurs citoyens dans une certaine ignorance, comme on l’a vu avec la Chine.
Après Wikipédia, passons à Nicolas Sarkozy qui a énoncé une phrase simple mais révélatrice il y a deux jours :
L’Internet libre est un critère pour savoir si l’on est en démocratie ou en dictature.
Voilà, c’est dit. Reste à savoir si le bonhomme assume bien le fait que la France soit vue comme l’un des pays les plus hostiles à Internet. Il semble dangereux de se mettre en guerre contre la plus grande de toute les nations. Enfin, quand elle n’est gouvernée par personne et que ses citoyens sont de paisibles brebis, ça semble un peu facile, aussi.
Sarkozy à l’eG8
24/05/11
#eG8, le hashtag présent dans chaque tweet des dernières 24h, et c’est pas prêt de s’arrêter.
Faut dire que notre président a/va encore lancer de jolies phrases, de belles perles. Bah, je n’ai jamais considéré qu’il me représentait, donc son ridicule ne va pas m’attrister.
Dans les phrases qui circulent dernièrement sur le Web, on sent néanmoins que cet homme est conscient de la puissance que représente Internet, de la chance qui nous est offerte par cet outil, de cette révolution. Il a présenté à juste titre Internet comme :
La troisième mondialisation de l’Histoire, après les grandes découvertes et la révolution industrielle du XIXe siècle.
Cette introduction est sympa, malheureusement, sa conclusion, on le sait, est tout autre : il faut civiliser Internet. Il faut que les gouvernements du monde entier s’en chargent, main dans la main.
Pour nous mettre à l’abri de quoi ? Des vilains téléchargeurs, déjà. Nous même, quoi. Vous feriez mieux de réfléchir à un modèle de rémunération compatible avec une économie d’abondance, messieurs.
A l’abri des terroristes pédo-nazis communo-anarchistes, aussi.
« Ne laissez pas la technologie que vous avez forgée porter atteinte aux droits élémentaires des enfants… Ne laissez pas la révolution que vous avez lancée devenir un instrument aux mains de ceux qui veulent porter atteinte à notre sécurité et donc à notre intégrité. »
Désolé mon vieux, mais j’ai fait un exposé intitulé « Violence et Technologie » il y a de ça une semaine, alors je vais pas me gêner :
La technologie est ce qui différencie l’être humain de l’animal. La technologie désigne toutes sorte d’outils : les outils physiques, les machines, les objets, et les outils impalpables : les concepts, les techniques, les méthodes.
La violence est malheureusement inhérente à l’homme, et certaines personnes l’expriment de manière anormale. Et pour cela, ils se servent très souvent des outils que la technologie nous offre. L’exemple le plus évident est une arme. A l’origine, c’était pour chasser : on les a vite transformés en outils de meurtres.
Internet est un autre outil. Un outil par définition totalement neutre, on peut faire ce que l’on veut avec. Il est donc aussi bien une formidable révolution pour la liberté d’expression qu’une potentielle arme pour les criminels. Mais il est également une aide pour la police. Bref, il est neutre, ce n’est qu’un réseau de transport, il fait exactement ce qu’on lui demande, et il le fait très bien.
Monsieur Sarkozy, dans votre appel, on perçoit bien que vous ne voulez pas de cet outil neutre. Cette neutralité responsable de tous ces échanges incontrôlés et incontrôlables. Cette neutralité à l’origine d’une égalité entre internautes, et donc entre citoyens du monde, à l’origine d’une liberté d’expression auparavant impossible à exercer, à l’origine de tant de collaboration, d’aide et de partage. Liberté, Égalité, Fraternité, non, vous n’en vouliez pas autant.
DSK, un violeur, sérieusement ?
15/05/11
À un an de la présidentielle pour laquelle il est favori ? Permettez moi au moins d’être sceptique, et d’envisager qu’il subisse les mêmes magouilles que Julian Assange, le créateur de Wikileaks, lui aussi accusé d’aggression sexuelle, probablement dans le but de le faire taire. Le « truc louche », c’est qu’il aurait presque « fui » l’immeuble juste après les faits. L’autre truc, c’est que DSK a déjà une petite réputation d’homme à femmes un peu dérangeante, avec une laison extra-conjugale en 2008.
Et puis la différence avec Julian Assange c’est que là, DSK n’a rien d’un ennemi des États Unis. Donc soit c’est vrai, soit c’est juste une employée de l’hôtel où DSK séjournait qui veut faire parler d’elle, soit celle ci a été corrompue par des opposants à DSK dans le but de le discréditer, et quand je dis des opposants, je pense plutôt aux opposants Français, appeurés de le voir se présenter dans les prochains jours. Ou alors c’est un autre candidat socialiste, tiens
Le problème, c’est surtout que cette accusation va déservir tout le parti socialiste, car les français risquent faire des raccourcis assez bêtes. Si DSK ressort blanchi de cette affaire, sa cote baissera surement, il risque de perdre les primaires du PS ou les élections. S’il n’en ressort pas, Martine Aubry prendrait probablement sa place et perdrait surement aux primaires face à Hollande, Hollande qui n’est même pas contre Hadopi. Enfin, DSK, lui, on sait même pas ce qu’il en pense d’Hadopi : ça fait 5 ans qu’il est absent de la scène politique française…
La fameuse histoire « DSK et la porsche » ne m’intéressait absolument pas. Le fait qu’il attaque en justice France Soir sous prétexte que ce journal le discréditait en parlant de cet évènement insignifiant, par contre, m’embête. Et la liberté d’expression ? La liberté d’opinion ? La liberté de la presse ? Moi ça m’énerve ces histoires, le pire restant peut être Nadine Morano faisant un procès suite au commentaire d’une internaute sur Dailymotion.
Wait and see. J’ai quand même envie de crier au complot, tant ça paraît gros tout ça, mais bon.
Edit : surtout que, étant donné que le procès peut facilement traîner en longueur, DSK risque d’être dans l’impossibilité de se présenter aux primaires socialistes !
Opera Unite :)
13/05/11
Après un article sur Hadopi, celui ci va amener une certaine consolation, celle de savoir qu’il y a des gens qui se servent d’internet intelligemment et qui en font profiter tout le monde : je parle des gentils développeurs d’opera (un navigateur web très complet) qui ont créé opera unite.
Je pensais faire un petit tuto sur la mise en place (vraiment intuitive) d’opera unite dans opera, mais d’autres s’en sont très bien chargés
Ici, à l’INSA, nos ordinateurs sont inaccessibles de l’extérieur, impossible de mettre en place un serveur visible par les gens en dehors du campus. On s’y était fait, et on partageait nos fichiers entre nous, à l’intérieur du campus, où on avait parfois de très bons débits. Puis le débit a été bridé. Puis les connexions entre résidences ont été bloquées. Puis le tcp forwarding du serveur du centre informatique a été désactivé, nous empêchant ainsi de contourner le blocage. Pourquoi ce blocage entre les résidences ? Je ne comprends toujours pas.
Mais grâce à opera unite, non seulement ce blocage est dépassé, mais nous sommes même accessibles de l’extérieur ! En effet, quand la connexion semble bloquée, opera unite fait tout transiter par un proxy en norvège !
L’installation est simple, l’utilisation intuitive (sous forme d’applications, comme partage de fichiers, lecteur musical, tchat…), on peut choisir de protéger l’accès par mot de passe, et la seule condition pour que tout fonctionne est de laisser son ordinateur allumé et opera lancé. Pour ce dernier point, ce n’est pas gênant : au repos, opera n’utilise que 0 ou 1% de mon processeur, et 5% de ma RAM. De plus, quand on quitte opera, celui ci nous préviens que unite va être inaccessible et propose donc d’aller se loger dans la barre des tâches plutôt que de se fermer. Voilà un exemple de l’interface d’opera unite.
Si jamais ce type de technologie existait sous firefox, internet explorer, chrome, ou bien directement dans l’explorateur windows, ou nautilus, ou dolphin, si jamais la connexion était chiffrée en https, si jamais tout le monde utilisait ça pour partager ses documents avec ses amis, pour diffuser son blog, ses photos de famille, ses playlists, avec qui il le souhaite, je pense que ça serait une forme de victoire pour la liberté d’expression, et une grande fierté concernant la réussite d’internet.
Hadopi et Streaming
13/05/11
Ha, la blague :
La Hadopi n’irait pas assez vite. C’est en tout cas ce que pense l’APC (Association des Producteurs de Cinéma) dont le délégué général estime que la Haute autorité devrait rapidement s’en prendre aux sites de Streaming.
Pour ceux qui ne le savaient pas, les entrées de cinéma en France en 2010 ont été les plus hautes depuis 1967.
Toujours pour ceux qui ne le savaient pas, la Hadopi ne surveille jusque là que les réseaux peer-to-peer car de par leur mode de fonctionnement, chaque utilisateur connaît les adresses IP des autres partageurs. De cette manière, la Hadopi récolte les adresses IP, procède à l’identification des personnes incriminées, et leur envoie un mail, puis une lettre, puis une amende et une déconnection d’internet (oui, comme en Égypte).
Dire qu’Hadopi devrait s’intéresser au plus vite au streaming, c’est finalement dire qu’Hadopi devrait s’intéresser au plus vite à « tout ce qui n’est pas peer-to-peer ». Vous téléchargez des films sur Megaupload ? Vous savez surement qu’au lieu de cliquer sur télécharger, vous pouvez cliquer sur « regarder en streaming sur Megavidéo ». C’est strictement la même chose : streaming ou téléchargement direct, il s’agit ni plus ni moins que d’une connexion directe entre votre ordinateur et les serveurs de Megamachin.
Surveiller le streaming, c’est donc une immiscion du gouvernement entre vous et le reste d’internet. Au niveau de votre box ou des serveurs de votre fournisseur d’accès internet (orange, free, etc), typiquement.
Jusque là, l’échange de données entre vous et le reste du monde ne faisait que transiter par votre livebox et les serveurs de votre FAI. Avec la mise en place d’une technologie de surveillance, les données ne feront pas que transiter : elles seront analysées.
Autrement dit, sous la notion « surveillance du streaming » se cache la surveillance généralisée de toutes nos communications sur internet (sauf les rares communications cryptées, bien entendu, qui restent illisibles par le gouvernement venant y fourrer son gros nez). Et, puisque c’est le but, si les données téléchargées sont considérées comme illégales, vous serez punis.
Retenez bien cette comparaison : accepteriez vous que le gouvernement lise chaque lettre que vous envoyez et recevez et vous punisse si ce n’est pas « conforme » ?
Je reprendrai bien un peu plus de répression, SVP.
12/05/11
Une augmentation des morts sur les routes : 355 morts en avril 2011 contre 296 en avril 2010. 59 de plus, quoi. Sont-ce ces 59 morts qui ont inquiété le gouvernement au point de prendre certaines mesures plutôt obscures ? Je parle notamment de la suppression des panneaux prévenant l’imminence d’un radar fixe, l’interdiction de les cartographier ou des les signaler (les avertisseurs de radars sont maintenant interdits, même les applications sur smartphone), ainsi que de l’obligation pour les motards de vêtir un vêtement réflechissant, typiquement le beau gilet jaune qu’on a tous mis sur les épaules du siège passager (ou pas). Il y a d’autres mesures, qui ne font que renforcer la répression et augmenter les peines, mais ce sont ces deux volets qui me gênent le plus.
Juste pour info, à côté de ça, en avril, on a surement eu nos 860 suicides mensuels et nos 5500 morts mensuels dûs au tabac, mais bon, on ne peut pas renforcer les peines pour ceux qui se suicident et ceux qui fument (là où ils en ont le droit), il n’y en a pas… (et puis les seconds rapportent du blé, quand même. L’État vous remercie de votre patriotisme et de votre sacrifice.)
Les radars
Je sais pas vous, mais moi, j’ai toujours eu, instinctivement, cette intuition, cette peur (finalement fondée) que les panneaux avertissant les radars soient un jour supprimés. Bon ben, c’est fait. Pareil pour ces petits boitiers ou logiciels collaboratifs où chacun dit où se trouvent les radars mobiles. Enfin, entre nous, je vais pas me gêner pour télécharger une application qui fait ce boulot sur l’android market si le coeur m’en dit. Y’en a aussi pour iPhone et pour Symbian, évidemment. Reste plus qu’à y intégrer une base de donnée concernant les radars fixes puisque la répartition de ceux ci ne sera plus divulguée.
C’est comme pour la lutte contre le téléchargement illégal : l’utilisateur averti aura toujours un cran d’avance et évitera les peines, et roulera à la vitesse qui lui plaît, tandis que monsieur tout le monde, peu féru de technologie et roulant à l’occasion à 140 sur les lignes droites de 2 km, se prendra une belle amende.
Je pense même que devant cette soudaine augmentation des risques, on aura de nombreux citoyens qui se mettront dans l’illégalité « grâce » à ces technologies, grâce à Internet. Internet est vraiment un outil de résistance à l’oppression.
Mais, ces applications étant interdites, le policier peut il vérifier que mon smartphone n’en contient pas ? Peut il me forcer à lui donner mon code pour déverrouiller mon smartphone ? Peut-il m’emmener au poste ou m’attribuer arbitrairement une amende si je refuse ? Peut il faire appel à des techniciens pour démonter et scanner mon smartphone, comme on le fait avec le disque dur de l’ordi de Ben Laden ? Peut il me jeter à la mer ? Je plaisante un peu, mais je me demande où s’arrêtera tout cela. Les pouvoirs accordés au policier font que ceux cis se voient systématiquement haïs, et qu’on est, dans certaines procédures, traités comme le seraient des terroristes.
Les motards
Commençons bien, avec des stéréotypes : un motard, c’est soit un cadre qui en a marre des embouteillages à Paris, soit un amoureux des deux roues avec une veste en cuir, soit un jeune (au choix, survêt et scoot, ou jean et 125). Je dirai que 99% des mecs avec un blouson en cuir (et 99,99% si ils ont une Harley Davidson) ne voudront pas s’affubler d’un gilet jaune. Je dirai aussi que 99% des jeunes ne vont pas enfiler ce truc moche.
Ce n’est qu’une supposition qui se transformera en constatation. Je ne juge pas. Je suis conscient que les deux-roues représentent une grande partie des tués. Mais, sachant que cette obligation ne sera pas respectée, je pose la question : quelle sera la peine encourue ? Probablement une amende, une de plus.
…
En matière de sécurité routière, une politique stricte est compréhensible, car on parle tout de même de morts. C’est pas comme pour le téléchargement illégal, où là, la surveillance généralisée, la censure et le filtrage font tout de même tâche face au danger très relatif que représentent « des copies de fichiers » (control-C, control-V, oui oui).
Alors, grâce à ce motif sérieux, le gouvernement se permet de telles mesures. Toutes protestation de la part du premier quidam venue est alors balayée d’un coup de main, le protestataire est décrédibilisé à grands coups d’insinuations du style : (prendre l’intonation de Sarko) « Vous trouvez ça normal qu’il y ait des morts sur les routes, vous ? Eh bien moi je ne pense pas. ». Le fanatique de l’UMP va vous dire la même chose. Mais Messieurs, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Ces motifs sont certes louables, mais la réponse de la répression à outrance n’est pas adaptée. Le gouvernement n’a pas à se placer en ennemi du peuple, on aurait tendance à l’oublier. Tout cela ne fait qu’accroître le désintérêt politique des français (qui sert au final l’extrême droite), leur sentiment d’être des pompes à fric, d’être sous la pression des contrôles judiciaires, d’être souvent en train de flirter avec l’illégalité. Il y a quelques temps, avoir eu des ennuis avec la justice était chose rare. Mais depuis peu, cela devient chose courante, avec les dispositifs accélérés tels que Hadopi ou les radars. Et avec cela vient également la haine des flics et des politiciens.
« Mais, il faut bien que le gouvernement face quelque chose… »
Eh bien, pas toujours. Par exemple, pour reprendre l’exemple du téléchargement illégal, Hadopi n’aurait pas dû être mis en place. Une réflexion vis à vis du modèle vieillissant du droit d’auteur, de l’aspect grandissant de l’usage d’internet dans le partage de la culture et de l’information, et de solutions justes afin de rémunérer au mieux les artistes plutôt que d’engraisser leurs maisons de disques aurait dû être faite.
Dans le cas de la sécurité routière, sujet plus grave, et bien, c’est pareil : la solution la plus simple n’est pas forcément la bonne, des réflexions devraient avoir lieu. Je pense aussi à des solutions plus respectueuses des citoyens que nous sommes. Des solutions qui arrêtent de nous considérer tous comme des délinquants et de nous imposer un climat de stress dans des activités quotidiennes.
Je sais bien que tout ce que je dis là passe mal, car il s’agit d’un sujet important, je ne le dénigre pas. Mais je pense qu’il faut se creuser la tête davantage. Je dis ça aussi bien pour les politiciens et les gens imaginatifs (qui devraient donc trouver des alternatives) que pour les citoyens qui devraient réfléchir aux conséquences et aux motivations de telles lois.
En l’occurence, le but est d’infliger un nombre d’amendes beaucoup plus conséquentes, d’imposer une pression toujours plus lourde sur la route, d’habituer les conducteurs, petit à petit, à une surveillance en augmentation, une surveillance de surcroît cachée et interdite à diffuser, tout ça pour, au final, annoncer que les chiffres de la sécurité routière sont en amélioration. Le peuple est fier de son gouvernement, il se dit que tout cela a payé, qu’il vit dans un pays qui s’améliore.
Question de point de vue.
Don à la Quadrature du net.
10/05/11
Ils savent très bien se présenter eux même :
La Quadrature du Net est une organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet. Elle promeut une adaptation de la législation française et européenne qui soit fidèle aux valeurs qui ont présidé au développement d’Internet, notamment la libre circulation de la connaissance.
À ce titre, la Quadrature du Net intervient notamment dans les débats concernant la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée.
Elle fournit aux citoyens intéressés des outils leur permettant de mieux comprendre les processus législatifs afin d’intervenir efficacement dans le débat public.
Le Don
Cette association nécessite un budget de 147 000 euros pour cette année. Elle n’est rémunérée que par des dons. En effet, elle est constituée de personnes qui passent leur temps à éplucher tous les textes de lois qui passent, quelqu’un qui a un boulot et une vie ne peut pas faire tout ça. Alors si on estime que ce qu’ils font est nécessaire, si on a les moyens de financer cette oeuvre, faisons le, leur survie ne dépend que de nous. Car en France il n’y a bien qu’eux pour faire cet important travail. Ce ne sont ni les lobbys ni nos gens du gouvernement qui viendront sonner l’alarme.
Un petit calcul : si seulement 0,023% de la population était sensibilisée à l’importance des libertés numériques et prête à débourser 10 euros par an, soit 0,83 euros par mois (une bagatelle pour à peu près tout le monde : moins que le prix d’un café), ça suffirait au financement de la quadrature du net.
Le combat se joue maintenant, pas dans 100 ans. Internet a 40 ans, le web en a 20. Les lois liberticides font l’actualité et passent presque comme dans du beurre, devant l’indignation de toutes les personnes s’intéressant au sujet.
Un article sur le blog de FDN explique pourquoi, « faute de combattants, nous sommes au risque de perdre, alors que nous sommes en position de gagner. »
L’article se finit par un beau :
Défendre les libertés, c’est plus facile que de les acquérir. Encore faut-il le faire.
Elle est bien loin, la révolution française. Les révolutions dans le monde arabe sont fascinantes car elles nous rappellent que ce combat pour les libertés n’avait pas été mené à terme partout.
Mais même l’esprit de 68 est bien loin. Cf l’article précédent, l’esprit est plutôt au désintérêt du débat politique, au laisser faire.
Voici un extrait de la première conférence « Qu’est-ce qu’internet » donnée par Benjamin Bajart à Sciences Po sur l’importance de l’enjeu :
Dominique Boulier, professeur de sociologie a Science Po
L’internet c’est pas une affaire de chercheurs, pas une affaire d’ingénieurs, pas une affaire de geeks, ça concerne tous les citoyens. Mon objectif en tant que professeur c’est de faire en sorte que mes étudiants comprennent bien que la politique qu’ils peuvent mener, ou les grands discours et débats génériques que l’on a ne valent pas grand chose tant qu’on n’est pas capables de rentrer dans le code, tant qu’on est pas capable de s’intéresser sérieusement à ce qui se fait, parce que c’est là où se fait la politique actuelle, la politique de demain aussi, et qu’à chaque décision technique il y a des choix politiques qui sont faits. Et donc si on n’est pas capables d’avoir un minimum de culture technique dans ce domaine, eh bien nous abandonnons des grands leviers d’organisation de notre société a quelques uns, et à partir de ce moment il ne faudra pas se plaindre de se trouver dans des structures que nous n’avons pas forcément voulues.
Il faut mettre le nez dedans, et alors là c’est vrai qu’a cette occasion je fais voir des vidéos de Benjamin Bayart, parce que non seulement on met le nez dedans, mais en plus on ne s’ennuit pas, car vous le savez c’est toujours très stimulant de l’écouter
Benjamin Bayart, président de FDN (fournisseur d’accès internet)
Je ferai ce cycle de conférences en trois parties.
Premièrement, si j’essaye de vous faire comprendre ce que c’est qu’Internet, je dois d’abord vous faire comprendre ce que c’est qu’un réseau. Il faut essayer d’enlever un maximum de magie dedans. Donc dans cette partie il ne s’agit pas de politique, il ne s’agit pas d’impact social, il ne s’agit pas de parler de ce qu’Internet apporte ou pas, il s’agit simplement de faire en sorte que le peu que vous retiendrez de cette partie fasse que vous compreniez que le réseau n’est pas magique, qu’il fonctionne de manière relativement simple et « bête », même si les enjeux politiques derrière sont énormes.
Ensuite il faut parler des applications s’appuyant sur le réseau, mon but étant que vous compreniez ce que c’est qu’une application sur Internet, comment ça marche, comment ça s’utilise, et que vous ayez un point de vue beaucoup moins « utilisateur » et beaucoup plus « architecte » sur ce que les différents modèles d’applications peuvent faire de bien ou de pas bien.
Enfin, je parlerai des impacts politiques et sociétaux de tout ce merdier. Je sais très bien que vous avez envie de lire tout ça à l’envers. Le volet qui vous intéresse, c’est le troisième. Or le problème c’est que vous ne pouvez pas réfléchir à quoi que ce soit de sérieux sur le troisème sans avoir compris les deux premier. En particulier, si un jour vous êtes ammenès à débattre des enjeux politiques d’Internet avec quelqu’un qui est plus compétent que vous techniquement, vous n’avez aucune chance. Même si vous avez raison, c’est pas le problème. Il me faudra a peu près 3 minutes pour vous embobiner techniquement dans a peu près n’importe quoi et vous noyer. Et si vous n’êtes pas capable de repérer a quel moment je vous ment/je vous enfume, il n’y a pas de discussion possible. De la même façon qu’on ne peut pas débattre de la liberté de la presse si on ne sait pas lire, simplement parce qu’on ne comprend pas l’enjeu. Et il se trouve qu’Internet est un des enjeux politiques majeurs du 21eme siècle. Voilà pourquoi je voulais venir expliquer ça ici, à Sciences Po.
Voilà voilà.
Faudrait que je trouve le temps de faire des articles synthétiques sur HADOPI, ACTA & Co, ça serait bien.
Je voudrai aussi rajouter une chose pour ceux qui se disent que « bah, Internet ça sert à aller sur facebook et a télécharger des séries, et tout ça c’est gratuit, alors bon, m’en fiche du reste » : Non, Internet ne sert pas qu’à ça. Internet c’est un formidable moyen de communication qu’on utilise constamment, et, même si vous n’utilisez pas toutes ses facettes, vous seriez certainement frustrés de savoir que toutes vos recherches sur google, tout vos sites visités, tous les contenus ou messages que vous échangez, sont connus par le gouvernement, et que la moindre faute sera retenue contre vous. Et ne me sortez pas que vous n’avez rien à vous reprocher. Certains ont besoin de l’anonymat. Et puis, c’est bon pour la démocratie. Et puis, télécharger des séries gratos, c’est illégal
.
Soirée FN.
10/05/11
Soirée samedi : pour faire court, deux joyeux larrons, inconnus, plusieurs verres dans le nez, une discussion sur la politique lancée négligemment, et on obtient deux jeunes pro-FN pressés de voter Marine en 2012.
Je ne parlerai pas du premier dont les propos étaient tout bonnement incompréhensible mais qui a réussi à aligner quelques mots signifiant que selon lui, Marine était l’opposé total de Sarko, l’extrême droite serait la solution face à la droite.
Pourquoi, mais pourquoi ces gens, face à une politique qu’ils n’approuvent pas, vont-ils chercher la solution à l’extrême droite, d’instinct ? Sarko est déjà à droite de la droite, pourquoi la solution ne se situerait-elle pas à gauche sur l’échiquier politique, comme la logique le suggérerait ?
La deuxième personne était assez simple à comprendre, en comparaison. Juste un idiot. Un idiot dont le seul argument pour voter Marine était que grace à celle ci, les drogues seront enfin légalisées.
Petit extrait du site officiel www.frontnational.com (article du 19 Novembre dernier) :
Le Front National rappelle enfin qu’il est le seul mouvement politique qui soit resté inflexible sur la question de l’interdiction de toutes les drogues dures et soi-disant « douces » et sur le fait que les grands trafiquants sont des criminels qui devraient encourir la peine capitale en conséquence des ravages qu’ils provoquent.
Je pensais que ce type avait entendu cet argument et était depuis devenu un pro-FN. Mais cet argument est faux, c’est même tout le contraire. Qu’est-ce qu’on voit là ? Qu’on à affaire à une droite réactionnaire, comme l’UMP mais en plus méchant. Je lui ai pourtant dit, à ce type, que c’était un constat triste mais réaliste que les idées progressistes se cantonnaient souvent à gauche.
Ensuite ce type a soutenu que le FN n’avait « rien de raciste ». Et les deux semblaient intéressés de voir la France « se refermer », s’isoler, de voir « les valeurs de la France » mises en avant.
Désolé mais la politique, c’est la manière dont une société s’organise, ce n’est pas du vin, des baguettes, des bérets, des crucifix, du saucisson, du camenbert et des crachats sur un joint ou un turban…
Enfin bon, ce qui me désole le plus dans tout ça, et ce qui m’interpelle, c’est cette faculté qu’a le FN d’engranger les voix de personnes stupides, des personnes qui se trompent totalement sur ce parti, presque volontairement on dirait, comme une parodie de la doublepensée de 1984.
