Les geeks sont ils enfermés dans leur petit monde, ou est-ce l’inverse ?

Voilà la question que je me pose, à chaque fois que je parcours mes sites d’actualités et que celle-ci me choque. Et encore plus lorsque j’évoque le sujet avec d’autres gens.

J’ai l’impression d’être un original. Oui, je m’informe sur des blogs, et non, les blogs, ce n’est pas le truc de skyrock d’avant facebook (enfin, si vous me lisez, ici sur mon blog, je prêche à des convertis). Oui, sur ces blogs et ces sites d’informations « spécialisés », il est question de choses dont on n’entend pas parler à la télé.

Parce qu’elles n’intéressent que les marginaux ? Les fameux « geeks » ? On pourrait tout à fait croire que oui. Mais moi, j’ai l’impression d’avoir à faire à de véritables enjeux de société : la neutralité du Net, le logiciel libre, le combat contre les lois HADOPI, LOPPSI, le traité ACTA.

Je me dis que ce sont plutôt les autres qui cherchent l’information au mauvais endroit et qui passent à côté de ça. Cette lutte est la descendante de celle que menaient nos ancêtres de 1789. Internet est ce que les philosophes des Lumières pouvaient imaginer de mieux.

Mais, seul face à tant de gens, il y a de quoi se remettre en question. Et si je passais à côté de choses plus importantes dans l’actualité ?..

J’ai passé 5 minutes à Decitre il y a quelques jours. A peine entré, les couvertures m’aveuglent : « Sarkozy : L’impétueux », « L’Islam pour les Nuls », « Pourquoi les banlieues sont de droites »… C’est donc ça qui fait l’actualité ? Un bonhomme qui sauve la Grèce toutes les semaines, de la religion, encore et toujours ce genre de conneries ? Je passe mon chemin.

Désolé mais je n’ai vraiment pas l’impression que ces sujets ont la moindre importance vis à vis de ce qui se passe du côté du numérique. Dernier en date, le « fichier des gens honnêtes » : « La France, le premier et seul pays au monde à autoriser le fichage et la reconnaissance faciale de toute sa population. » Vous avez aussi sans doute entendu parler d’ACTA, un accord commercial discuté en secret par les lobbys, dont l’idée de fond est « comment pourrait on retreindre les libertés afin de faire plus de fric ? ». En voici quelques exemples :

  • Fouille des bagages par les agents des ayants-droit à la frontière, sur simple présomption de possession de copies d’œuvres sous copyright (art. 14 & 17)
  • Destruction des médicaments génériques à la frontière (art. 16 & 17)
  • Les fournisseurs d’accès à Internet seront « encouragés » à espionner tout ce que l’on fait sur internet (art. 27, alinéas 3 & 4)
  • Être traité comme un trafiquant de drogue, et sanctionné plus sévèrement qu’un violeur, pour avoir transporté une copie d’un film téléchargé (art. 24)
  • Le tout sous la coordination de comités réunissant États et ayants-droit qui auront le pouvoir de modifier le traité après coup : on leur signe une feuille blanche (art. 28, 36 & 42)

Quant on pense aux gens qui sont morts pour qu’on ne vive pas dans une dictature…

Bref. En voyant toutes ces infos dans le domaine étriqué de l’actualité « numérique », je me demandais si dans d’autres secteurs, il y avait des choses tout aussi préoccupantes. Je vois l’écologie, déjà. Mais pour moi, c’est déjà secondaire. Et je ne vois pas grand chose d’autre.

Alors certains penseront que c’est stupide d’aller voter en fonction de ça, mais pas moi (même si le vote utile passera sans doute par là). J’avoue qu’actuellement, toutes ces questions ne représentent que quelques lignes dans des programmes de plusieurs dizaines de pages. Mais justement, ça n’est pas normal.

Au fait, Wikipédia vient me soutenir dans ce que je dis :

Les principaux maux dont souffrirait la loi sont :

  • Lois multiples

Il s’agit de l’inflation législative galopante que nous connaissons actuellement. C’est sans doute le pire de tous les maux. Le parlement adopte de multiples lois pour des motifs divers et variés. Le problème, c’est que les députés présents ne sont pas tous juristes. Sont donc adoptées trop souvent des mesures mal écrites, incompréhensibles ou inapplicables.

  • Lois jetables

Les politiques voulant inscrire leur nom dans le marbre de la loi, ils s’empressent d’en faire adopter une. Puis on s’aperçoit que la loi a été mal écrite. Il ne reste donc plus qu’à la jeter (le plus souvent elle reste inappliquée).

  • Lois émotives

C’est une tendance forte. Elle consiste à vouloir légiférer systématiquement dès qu’un problème survient, avant même que les causes du problème soient connues. Une fois l’émotion passée, si la loi a été adoptée, on s’aperçoit souvent, là encore, que prise dans l’urgence, elle a été mal écrite.

  • Lois molles

Aussi appelées « neutrons législatifs ». C’est une loi sans contenu obligatoire, qui ne va donc avoir aucun effet en pratique. Liées aux problèmes des lois jetables et émotives.

  • Lois protectionnistes

Ce sont des lois destinées à protéger des entreprises en les préservant de la concurrence ou de l’évolution inéluctable des sciences et techniques. C’est le cas de la loi DADVSI et de HADOPI que l’on peut assimiler au fameux Locomotive Act anglais.

(On peut classer la censure des sites web au nom de la lutte contre la pédopornographie dans la catégorie « lois émotives »)

Et ne venez pas me dire que la loi, c’est aussi un détail.

16 réflexions au sujet de « Les geeks sont ils enfermés dans leur petit monde, ou est-ce l’inverse ? »

  1. Très bon article, il y a beaucoup de choses vrai dans ce que tu dis. Il y a beaucoup d’informations qui n’intéressent personne, mais qui intéresse les geeks.

    Au fond, les geeks sont des gens cultivés et c’est cette culture qui permet de gardé le peu de liberté que nous avons encore et nous devons nous battre pour celle-ci

    Bonne soirée.

  2. Chez les geeks, la mentalité est que c’est le savoir qui fait la « force » d’une personne, et non pas le rang sociale. C’est peut-être ça qui le rend si ouvert dans le monde !

  3. Ah oui, y’a encore des gens qui utilisent le mot « geek » en 2012… L’effet de mode dure plus longtemps qu’on pense parfois.

  4. Bon article, cependant les forces de l’argumentaire sont aussi ses faiblesses : il faudrait éviter d’opposer le numérique au reste de « l’actualité », même si c’est tentant au regard du biais qu’induisent quotidiennement les médias sur l’information. Qwerty dit que les « geeks » sont focalisés sur le savoir, et c’est vrai, cependant en poussant ce raisonnement ceux qui seront les moins instruits seront inéluctablement marginalisés (malgré l’ouverture d’esprit et la bonne volonté de la communauté), est-ce une solution ? L’homme le plus savant du monde est-il pour autant sage, l’épanouissement aussi bien social que personnel peut-il se fonder sur la seule connaissance du monde ?

    Pour revenir au sujet, oui il faut se battre pour conserver (pardon reprendre) nos libertés et cela se joue actuellement sur le réseau des réseaux, oui le cercle politico-médiatique impose son prisme informationnel à la population et certaines questions capitales sont évincées, pour autant mieux vaudrait éviter de tomber dans une vision trop manichéenne des choses, non ?

    Les solutions concrètes à certains problèmes actuels ne pourront pas toutes passer par le numérique et la préservation des libertés, des sujets comme l’écologie, l’économie (qui jusqu’ici, qu’on l’accepte ou non, régit le monde) et la politique (je n’ai pas dit les politiques) justement sont tout aussi importants.

  5. J’ai l’impression qu’il manque un petit bout d’argument du côté de « l’écologie est secondaire », parce que les écolos pourraient très bien dire « mais que faire de la liberté si on n’a plus de planète ? ».
    En fait, c’est dû au lien entre libertés de penser et d’information : en effet, comment réfléchir/réagir sur un évènement dont on n’est même pas au courant ? Réciproquement, si on s’auto-censure ou ne peut relayer, il n’y a pas d’information (cercle vicieux). Mettez cela en lien avec le fait qu’Internet est pour ainsi dire le dernier média libre…

    Autrement dit, toutes les causes sont (malheureusement) subordonnées à celle-ci. C’est pourquoi tu peux dire que même l’écologie est secondaire.

    @Fred : j’aimerais copier ton article sur mon site, mais je n’ai trouvé aucune page licence, ou similaire.

  6. L’ACTA est selon moi une des pires choses de ces dernières années, qui tuerais purement et simplement la liberté.
    Et pourtant c’est l’analyse du discours d’un politicien lambda qui passe partout à la télé.
    Je sais qu’on a raison, nous geeks. Mais voilà, nous sommes geek, même si notre « image » au sein de la société a évolué en bien, la population ne veux pas croire que la télé ne dit pas tout, que les journaux sont manipulés..
    Un blog est libre (de moins en moins quand même.. triste) mais la population reste septique.

    Merde… ils préfèrent regarder un gamin qui fait du noun-cha-ku au JT plutôt que d’apprendre que leur paye tombe en ruine sous leur yeux?

    J’arrète mon pavé, mais la société préfère nous savoir ignorant, et comme les geeks le sont de moins en moins, ils nous tapent dessus. (HADOPI, SOPA, Megaupload, etc) Histoire de nous faire passer pour des marginaux.

    Sa me déprime…
    Très bel article quoi (pour résumer O_o)

  7. @elo : j’ai mis des guillemets autour ;). Je ne voyais pas tellement d’équivalent.

    @Mr.H : Moutarde précise ma pensée quand à l’intérêt que je porte à l’actualité étiquetée « numérique ». Bien évidemment il y a un tas d’autres choses préoccupantes, mais pour s’en préoccuper il faut avoir accès à l’information. Mais Internet ne reste bien sûr qu’un moyen d’accéder à l’information et le combat pour qu’il reste neutre n’est pas une finalité. Comme le dit stallman : « Toutes les libertés dépendent de la liberté informatique, elle n’est pas plus importante que les autres libertés fondamentales mais, au fur et à mesure que les pratiques de la vie basculent sur l’ordinateur, on en aura besoin pour maintenir les autres libertés. »

    @Moutarde : pas de problème :)

  8. Je suis bien d’accord.
    Juste un point : tu as sûrement grandi dans un environnement élevé, or l’écologie, par exemple, est un problème de riche, moi aussi je trouve le sujet important, mais il y a des gens qui ont tellement la tête sous l’eau qu’ils ne peuvent pas penser à ce genre de choses.
    Mais bon, c’est pas le cas des politiques.

  9. @ Fred, la citation de Stallman (à quand une statue pour lui ?) rejoint tout à fait ma pensée, mon commentaire avait bien entendu pour but d’éclaircir les quelques zones d’ombre de l’article (comme l’a expliqué Moutarde à propos de l’écologie).

    Il est vrai que dans l’optique actuelle de développement numérique de notre société, les libertés publiques semblent cruciales vis à vis d’internet, cependant il est bon de rappeler qu’internet peut être à double tranchant (notamment pour ceux qui justement n’auraient pas eu une éducation suffisante sur le sujet). L’information libre, décentralisée et multiple est souhaitable (je prêche moi aussi des convertis), mais jusqu’à quel point ?

    Pour un peu plus de réflexion sur ce dernier point (même si ce n’est plus le sujet de départ), je vous conseille cet article (dont je ne suis pas l’auteur), avec une bibliographie bien fournie :

    http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/internet-ou-le-stratageme-des-109125

  10. Salut Fred,

    très bon article que voilà, pour lequel je te remercie ainsi qu’au passage sebsauvage de l’avoir partagé via son shaarli.

    J’ai rapidement cherché, en vain, un contact sur ton site. Mais puisque tu as mon mail désormais, que dirais tu de me contacter ? Je serais ravi de mettre un visage sur ce confrère insalien qui se pose manifestement des questions si proches des miennes !

    à bientôt peut être,

  11. +1. Article qui résume bien ma pensé. Lorsque j’en parle dans mon entourage, j’ai l’impression de ne pas parler le même langage, dès que j’en parle ça ne choque pas plus que ça. A croire que les gens sont blasés, acceptent de plus en plus de choses, alors que les limités sont déjà dépassées…
    Il y a encore de la marge pour que tout le monde se sentent concerner comme nous le sommes par Internet :-/. Il faut continuer de se battre, se mobiliser de plus en plus pour récupérer ce qui nous appartient de droit.

    Merci à http://www.sebsauvage.net pour le partage via son Shaaarli qui m’a permis de tomber sur ce bon article :-)

  12. Je trouve cet article assez effrayant. Dire que l’écologie est secondaire, que les élections présidentielles ne sont pas importantes… Internet et la vraie vie sont deux mondes différents. Les choses essentielles se passent autour de vous et non pas devant un écran. Bien sûr je ne soutiens absolument pas ACTA, je ressens même un profond dégoût vis-à-vis des personnes qui osent vouloir nous l’imposer. Mais comment avoir une vie épanouie en la passant assis devant un moniteur ? Tout ça, c’est du digital, de l’irréel. Internet relève avant tout du divertissement et de l’information, mais certaines personnes ayant du mal à s’intégrer et à comprendre les gens le perçoivent comme une vie secondaire idéale. Faisons un bref comparatif : ne plus pouvoir télécharger de musique, films, séries, jeux, ce que vous voulez, est-il réellement pire que toutes les vies qui sont chaque jour enlevées à des citoyens en Libye ? Voir ses droits bafoués mérite-t-il plus d’attention que la mort d’innocents ? Je conçois parfaitement que vous soyiez bien dans votre petit monde, et des choses importantes se passent sur Internet je vous l’accorde, mais une vie digitale ne vaut pas une vie réelle. Comment peut-on ne pas se soucier du monde qui nous entoure ?

  13. @rimb : le cas de l’écologie est explicité plus haut dans les commentaires. Sinon je n’ai jamais dit que les présidentielles n’étaient pas importantes.
    Mon article parle de sources d’information. J’y oppose le web avec les médias grands publics, et la catégorie étiquetée « numérique » avec les autres.
    Si pour vous, internet c’est Facebook, les jeux en flash, feu-megaupload, alors oui en effet ce n’est pas la vraie vie, c’est du divertissement.
    Pour moi, internet est un réseau de communication bien meilleur que tous les autres. Partant de ça, opposer internet et « la vraie vie », dire que internet c’est « irréel », « digital » (sic), n’a pas le moindre sens.
    Vous prenez l’exemple de la lybie. Mis à part sur des sites d’informations spécialisés, je n’ai entendu dire nulle part que c’était la France qui avait vendu des technologies de surveillance à Kadhafi. Ce genre d’informations relève surement du divertissement, de l’irréel…

  14. Désolé je n’ai pas le courage de lire la totalité des commentaires, concernant les présidentielles au temps pour moi j’ai dû lire un peu trop vite, mais c’était en réaction par rapport aux articles de presse sur la vie politique, les événements importants, etc. D’accord certains articles de presse n’ont pas forcément leur place dans le journal, mais souvent la une fait part de faits importants qui se déroulent un peu partout dans le monde.
    J’ai bien dit qu’Internet traitait avec le divertissement ET l’information.
    Pour les « geeks », Internet ce n’est pas seulement un moyen de s’informer, c’est aussi une façon de s’isoler dans une vie digitale pour ne plus en sortir (et là ça prend tout son sens de comparer internet et la vraie vie).
    Concernant la Libye, je disais ça par rapport aux faits que certains de nos chers candidats à la présidentielle sont favorables à une intervention de l’armée française, et que donc selon l’article, il est plus important de se concentrer sur l’ACTA que de s’intéresser un peu plus à ce genre de drames.

  15. Ah d’accord. Mais du coup il vaut mieux bien différencier un aspect marginal, pour moi sans aucun intérêt (dans le contexte de cet article) qu’est le divertissement apporté par les jeux en lignes et le repli sur soi qui touche certaines personnalités. Je ne me sens pas de parler de psychologie :)
    Si on se concentre sur le merveilleux outil de communication qu’est internet par contre, je considère que les atteintes qui lui sont portées sont graves, même s’il est évident qu’au Bahreïn, ce n’est pas la préoccupation numéro 1 :/.
    Sinon pour cet autre sujet que serait une intervention en Syrie, quelle est votre opinion ?
    Pour ma part, personnellement, je n’aurai aucunement envie d’être à la place d’un militaire envoyé là bas, ou où que ce soit, faire la guerre. Enfin, c’est aussi pour ça que je n’ai pas choisi cette carrière. Réciproquement, si mon peuple se faisait massacrer par mon dictateur, l’aide internationale me paraîtrait bienvenue… bref encore une fois la géopolitique n’est pas mon domaine :).

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